Présentée souvent comme une ville sans passé, contrairement aux villes impériales comme Fès ou Marrakech, Casablanca a pourtant été fondée mille ans avant Jésus-Christ. Casablanca s'est largement rattrapée,durant ce siècle, de son existence en dents de scie. Rarement des lieux eurent un destin si rapide influençant si fortement un pays.. Rarement une petite bourgade portée en cinquante ans au rang de grande ville internationale, présenta aux hommes aussi totalement à nu, ses vicissitudes, ses richesses, ses misères et sa grandeur pour qu'elles servent d'enseignement. Nous avons là, en un raccourci saisissant, ce que l'on peut faire de meilleur et de pire et Casablanca peut avoir aussi bien pour le spécialiste que pour le simple citoyen, la même valeur éducative que la projection d'un film où l'on montre, à l'accéléré, la croissance d'une plante depuis la graine posée en terre jusqu'au fruit.
Les façades, les avenues, les bâtiments de Casablanca sont là pour nous, sont à nous, témoignent d'une époque, d'une atmosphère, d'un cosmopolitisme, d'une énergie qu'il faut plus que jamais exalter en cette époque de frilosité et de repli sur soi. Casablanca appartient à ceux qui savent la regarder, à ceux qui l'aiment pour ce qu'elle est, à ceux qui, avec Tito Topin, diront nous, ont est sur l'Atlantique ! On se baigne dans des vagues de cinq mètres, on a des piscines en forme de haricot.
Chers lecteurs, levons le nez au ciel bleu où se découpent des silhouettes blanches, des volumes lyriques,des formes et décors sublimes... Apprenons à regarder, à apprécier, à aimer pour perpétuer et créer dans la continuité. Et rappelons-nous que l'architecture est le signe visible des m½urs d'une nation, de ses goûts, de ses tendances, plus que tout autre art peut être, elle laisse une trace durable de l'état intellectuel d'un peuple, de sa vitalité, de son énergie ou de sa décadence.
Rachid Andaloussi, architecte
Président de l'Association de sauvegarde du patrimoine architectural de Casa.